Singularités…

Parce que photographier, c’est aussi prendre le temps, sinon avoir le devoir de laisser l’autre parler et se dire…
Compilation, modeste, insuffisante, impuissante… de ce qui s’est confié.

Abdullah fait partie des rencontres qui ont particulièrement donné du sens à toutes ces séances photos au fil des mois. Au cours des mois d’octobre et de novembre 2015, un afflux de réfugiés sans précédent et pas assez de places à la Croix-Rouge. Il y avait cette famille syrienne arrivant épuisée vers 23h et le père tentant encore de faire sourire son bébé de 1 an, un nourrisson dormant par terre et la valse des voitures des familles d’accueil (pas assez). L’église Saint-Roch ouvre ses portes tous les soirs de la semaine. Abdullah faisait partie des chanceux qui avaient un lit pour cette nuit-là.

Quand je lui ai expliqué ma démarche, il tenu certes à poser mais aussi à me raconter qui il était: fier de venir de Damas, éludant mes questions sur son voyage « tout va bien, je suis ici maintenant », encore plein d’espoir, étudiant ingénieur, il souhaitait continuer ses études et travailler, ayant la chance d’avoir déjà un cousin habitant en Belgique. Est-il en train de réaliser ses rêves ou est-il pris dans notre système kafkaïen ?

D’autres se pressaient pour se faire photographier, nous avons dû écourter la séance mais sa phrase: Je m’appelle Abdullah, vous raconterez qui je suis » résonne encore. On ne photographie jamais un anonyme.

A.

abdul-signees-2

Février 2017 « Je m’appelle Abdul et j’ai 27 ans. Mon père a fui le régime des Talibans en 2009 et a bénéficié du statut de réfugié aux Pays-Bas. Ma mère et mon petit frère ont pu le rejoindre par la suite tandis que moi, je n’ai pu bénéficier du regroupement familial étant majeur. J’ai travaillé à Kaboul mais la situation est devenue très difficile et j’ai également fui. Je suis passé par l’église du Béguinage et puis loge maintenant à Forest. Mes demandes de reconnaissance comme réfugié ont été refusées…car les autorités estiment Kaboul sûre. J’aimerais que les Belges n’oublient pas que si nous fuyons en laissant nos maisons, notre culture, ce n’est pas sans raisons et que la situation est sans doute complexe mais le danger bien réel. A Kaboul où j’ai encore des contacts, il y a la peur constante des attentats et des attentats et puis, j’aimeraisrester près de mes proches. Je n’ai plus beaucoup d’espoir »


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Zaid vient d’Irak.
Après un long voyage par la route des Balkans et la traversée de la mer Egee, il arrive à Bruxelles en 2015. Au Parc Maximilien.
À son étonnement quant à l’implication des bénévoles, la réponse d’un des volontaires au Parc ‘it’s nice’ lui fait dire qu’il peut se poser en Belgique – meme si le Gouvernement est moins enthousiaste quant à l’accueil des réfugiés –
Passage dans un centre, attente de ses papiers et de la reconnaissance de son statut de réfugié.
Zaid avait une vie en Irak, étudiant à l’université, professeur d’anglais (il prend à malin plaisir à corriger les fautes) et passionné de musique. La guerre a tout arrêté. Et il a fallu repartir de zéro sans rien sinon une formidable envie de vivre , d’avancer et de travailler. Ce qu’il fait. Fier de payer désormais ses impôts.
Zaid est dans le partage: celui de la musique notamment. Guitariste à Refugee Got talent (https://www.facebook.com/refugeesgottalent/) un groupe multiculturel composé d’artistes réfugiés. Il sourit quand il évoque que l’un de ses comparses et ami est iranien.
Enthousiaste quant à la Belgique par sa diversité, son ouverture et sa nourriture.
Quand on lui pose la question de ce qui l’a frappé en Belgique: entre autres, l’absence de murs autour de l’université. Ici, pas de risque d’assassinats d’intellectuels comme en Irak.


L'insituteur.

Septembre 2015. C’est l’histoire d’un jeune instituteur, âgé d’une 20taine d’années, arrivé en septembre 2015 en Belgique. Au Parc Maximilien, il se promenait avec un livre d’apprentissage en français, cherchant à dialoguer, à dire quelques mots mais aussi à raconter son périple. Parti seul, laissant sa mère et son jeune frère en Irak notamment pour échapper à l’enrôlement de force dans l’armée. Le risque court essentiellement pour les jeunes hommes valides sans compter Daesh. A la question: « pourquoi tous ces jeunes hommes ne sont-ils pas restés au pays pour se battre ? » Sa réponse nous éclaire sur une situation complexe: se battre mais contre qui et quoi quand l’Irak est le terrain de jeu de forces (religieuses, claniques, supranationales, …) qui dépassent le simple civil qu’il est. Il peut ici enfin dire librement, et sans risque, à quelle religion il appartient. Cette photo, il l’a envoyée à sa mère, restée à Mossoul


Mère courage

Mère courage. Avant, elle habitait à Tikrit. Sur son téléphone, elle nous montre une ville fantôme, des ruines et une maison dont il ne reste que quelques briques. Son mari à l’époque avait été capturé par Al Quaida, battu et torturé. Un temps, ils ont essayé de vivre à Bagdad mais elle est sunnite. Alors, ils sont partis, elle et ses 4 enfants, pour le long périple, coincés en Croatie, coincés en Hongrie, ils sont ici maintenant. Un voyages en sandales. Elle pleure sur les débris dune vie désormais en morceaux et quand on lui rappelle que l’Irak, selon un proverbe arabe, est une grande nation. ne vie dévastée, arrivée à Bruxelles en sandales avec ses 4 enfants. Pleure quand mon interprète lui rappelle ce proverbe arabe selon lequel l’Irak est une grande nation


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Novembre 2015 « J’ai 16 ans et je viens d’Alep. Je suis arrivée avec ma mère et mon frère mais maman est actuellement hospitalisée et c’est difficile d’aller la voir. Nous logeons  à la Croix Rouge. Je n’ai été à l’école que jusqu’en 3eme primaire: il y avait trop de dangers sur la route de l’école et mes parents n’ont plus voulu que j’y aille »

Août 2016: Je m’appelle Rami et vient de Mossoul. Mon rêve: devenir bodybuilder. Par la suite, la série de photos a servi pour lancer un crow-funding (Rami voulant participer à un concours international). Nous avions voulu pour attirer les personnes jouer sur la corde sensible du « réfugié » mais, tout à son honneur, Rami refusait que l’on exploite ce statut. 

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