Parcours

Trajets…

De Kaboul, de Moussoul, de Badgad, d’Alep…

Il y a eu la photo d’un petit garçon comme endormi sur une plage, il y a eu des chiffres, des images chocs, la vision surréaliste de camps au sein même des villes. Il y a la compassion et la générosité, il y a la peur et la haine.

Septembre 2015 – Initialement, avec une autre photographe, le projet était de proposer un studio photo pour les réfugiés du Camp Maximilien à Bruxelles, sans objectif clairement défini hormis celui d’offrir la possibilité d’offrir un souvenir. Et puis, celui-ci s’est étoffé, prenant du sens. Au fil des prises successives, les langues se déliaient, les histoires se racontaient, les photos étaient envoyées là-bas à Mossoul, là-bas à Tikrit, à leur mère, partagées avec leurs proches via Refugees Brussels Welcome

Derrière la masse des migrants, au-delà de la foule sans nom et sans visage, chaque réfugié est un témoin d’une histoire singulière et de complexités qui parfois le dépassent: de cet instituteur parti de Mossoul « Ici, je peux dire que je suis sunnite« , de ce groupe d’anciens soldats sous le temps de Saddam pour qui, le seul moyen de préserver la sécurité de leur famille, était de partir, de cet homme qui fréquentait l’école du Parc uniquement pour voir des enfants, ceux-ci lui rappelant les siens laissés en Irak, des rêves de ce jeune Syrien de continuer ses études et du regard trop mature de cet adolescent d’à peine 14 ans venu, seul, d’Afghanistan. Ces bribes se racontaient en anglais, avec des gestes ou avec l’aide de Sihame A., une bénévole interprète au grand coeur.

Démontrer, dénoncer leurs conditions d’un accueil qui tardait ou qui se refusait, tel était aussi le but: les nuits passées dehors dans l’attente d’une hypothétique convocation, les familles qui arrivaient, épuisées, à minuit dans le centre d’accueil où il n’y avait de place mais aussi l’engagement des associations et des citoyens pour refuser la fatalité. Des rencontres se sont faites à travers l’hébergement dans les familles d’accueil, à travers les activités et l’espace offert au Hall Maximilien mais aussi ailleurs: Dunkerque a été un choc (voir la section Dunkerque, jungle…).

J’ai passé des soirées, des après-midi avec eux pour ramener des photos de cette misère mais aucun des réfugiés ne voulaient être réduits à un mendiant, à un corps assisté. Ils se redressaient, réajustaient leurs vêtements, ils voulaient être debout et dignes, certains posant comme de véritables gravures de mode. Les séances tournaient à l’esprit photomaton. Oui, il pouvait y avoir une certaine joie malgré l’inquiétude dans les regards. Mais il y avait aussi des regards vides, parfois ceux des enfants.

Ne pas être réduit à l’anonyme, à un sans-nom, c’est ce jeune Syrien qui m’en priait en ces termes: « Je m’appelle Abdullah, s’il vous plaît, vous raconterez qui je suis ». C’est l’apostrophe d’un « sans-papier » afghan: « Pouvez-vous comprendre que nous ne sommes pas là ici pour notre plaisir, que nous avons tout quitté parce qu’il y a la guerre ? » (cfr. Récits d’exil. )

A la question récurrente posée à chaque fin de pose sur ce qu’ils attendaient en Belgique, la réponse venait, simple, limpide, évidente: Vivre.

Après les attentats de Paris, ils ont aussi témoigné à leur manière dans la vidéo Not in My Name

La vie continue aussi après: certains ont reçu leur statut de réfugié et s’intègrent, vaille que vaille. La vie se suspend aussi:  d’autres sont toujours dans l’angoisse d’un refus. Des bribes de là-bas essaiment à travers la musique, les rencontres et les parrainages. Des vies essaient de se bâtir tournées à la fois vers l’avenir et empreints d’une nostalgie certaine, de l’amertume parfois car l’accueil n’est pas toujours à la hauteur et les frontières restent des murs.

Sommes-nous capables de sacrifier un peu de notre confort pour accueillir ?

A l’heure actuelle, je reste toujours en contact avec beaucoup: certains sont devenus des amis, parfois réfugiés, parfois sans-papiers. J’ai revu Amir, gamin de 13 ans, qui avait logé chez nous, j’ai reconnu les yeux et la voix de Sabah, installée à Anvers, croisée au WTC, épuisée…

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Ce travail, qui continue encore, long de plusieurs mois et d’innombrables rencontres, m’a beaucoup questionnée: sur la responsabilité prise envers ces personnes qui m’ont confié leurs bribes d’existence, est-ce que la personne serait encore d’accord d’être encore considérée comme « réfugiée », sur ce que j’ai voulu traduire – peut-être trahir – par une photo engagée, comment la personne est-elle perçue et se perçoit-elle par sa représentation, … Des médias m’ont demandé d’utiliser certaines (et notamment celles des enfants), la plupart des demandes ont été déboutées: il suffit d’un léger recadrage, d’un titre – racoleur et hors contexte – pour qu’il y ait surexploitation de la charge émotionnelle et c’est là que ce pathos dénie violemment la singularité et l’histoire de la personne pour n’en garder que sa caricature.

Les photos et textes ont fait l’objet d’expositions et d’articles

PS. Aucune photo n’a été prise sans le consentement des personnes: il fallait plutôt canaliser les demandes et gérer les files…

Photos prises avec Nikon D80 et D600

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