Le monde de Laetitia

Laetitia a 28 ans et un monde riche en émotions.
Celui des mots qu’elle écrit, celui des répliques qu’elle échange sur la scène du théâtre.
Celui des rires car elle dégage une formidable joie de vivre.

Le monde de Laetitia2

Fragilité aussi car dépendante des bras de ses parents, d’une logistique, qui toute rodée qu’elle soit, n’en reste pas moins lourde pour repousser les limites du fauteuil: grimper une montagne, descendre en ski, faire les 20 kms de Bruxelles, faire du théâtre, …

Le monde de Laetitia
Le rideau se ferme… Dans la pièce, les fauteuils roulants sont des acteurs à part entière.

Pour simplement se laver, tout un appareillage prend le relais d’un corps qui ne suit pas: rails au plafond, baignoire aménagée, harnais pour la maintenir droite ou couchée sans qu’elle ne se noie, un système pour la douche, un autre pour le bain.
Etre lavée… certes, il y a tout l’ingéniosité mécanique mais ce qui (me) frappe, c’est surtout l’infinie tendresse dans les gestes quotidiens apportés par la maman de Laetitia. Alors oui, modeste, pudique: « C’est comme cela, il faut bien avancer et faire avec et moi, par exemple, je ne sais pas coudre comme d’autres ». Une maman comme les autres mais pour qui l’expression « porter son enfant à bout de bras » n’est pas une métaphore.

Pour le bain, une sorte de harnais en tissu (qui ne sèche pas bien). Laetitia est enveloppée, membre par membre, dans celui-ci. Après le bain, Laetitia sera remise sur son lit, le harnais mouillé, et elle pour être essuyée et habillée.

Beaucoup se dit quand Laetitia est soutenue, sortie de son fauteuil, il y a une intimité des corps et des regards.

A coeur ouvert, sans fausse pudeur.  » Je n’aime pas qu’on me dise que j’ai du courage pour rire ou pour faire ce que je fais, je fais des courses comme tout le monde »… même si parfois cela prend plus de temps, même si croire en ses rêves se heurte parfois aux limites physiques. Les accepter sans que celles-ci soient stigmatisantes.

« Les gens s’imaginent que je suis malheureuse mais je suis handicapée et heureuse » Laetitia rit et même beaucoup: « Rien dans les jambes et tout dans la tête »,

Auto-dérision féroce, lucide envers le fauteuil parfois volant, parfois difficile. Alors oui, elle croit qu’il n’y pas de mondes parallèles où valides et moins valides se regarderaient en chien de faïence et si la personne handicapée n’ose pas sortir de sa zone de confort, elle repousse ses propres frontières avec le soutien tendre, sans failles et sans conditions de sa famille. Laetitia le sait.

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Qu’elle puisse prendre son envol, vivre sa vie de femme… depuis peu, Laetitia a emmenagé dans son nouvel appartement rejoignant son compagnon et ce, au sein d’un projet d’habitat solidaire

Rien n’est simple mais tout est possible… Vivre indépendante est l’aboutissement et le commencement d’une nouvelle aventure au quotidien.

Pendant toutes ces séances, Laetitia a tenu a me montrer non l’extraordinaire mais surtout sa vie de tous les jours, les gestes qui prennent du temps, les aménagements auxquels, il faut penser, les petits tracas mais aussi les joies toutes simples comme celle d’avoir une nouvelle paire de chaussures, d’avoir le plaisir de dire à ses parents: « Bon, je rentre chez moi… »

Ce projet a donné lieu à une publication dans Axelle Magasine, un revue slow press,

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